Communication parlementaire : évolutions, dérives et conseils

Interview vidéo de Simon Virlogeux, ancien collaborateur parlementaire à l’Assemblée nationale et auteur du Guide du collaborateur politique en milieu hostile.

Vous souhaitez adhérer au think tank ? https://nouveauxexpertsdelacompol.com/adherer-au-think-tank/

Vous souhaitez nous soutenir ? https://nouveauxexpertsdelacompol.com/2025/12/11/don-think-tank/

Vous souhaitez être interviewé(e) ? https://nouveauxexpertsdelacompol.com/comment-faire-pour-etre-interviewee/

Alors qu’avant les Députés français pouvaient être élus à l’Assemblée nationale pendant 4, 5 ou 6 mandats, aujourd’hui, ils ne font plus généralement qu’un ou deux mandats. Est-ce que cela a modifié la façon de faire de la communication politique ?

C’est vrai qu’aujourd’hui la norme c’est plutôt de faire un ou deux mandats et en général après ça s’arrête. Cela impacte directement la communication politique. Il y a une certaine urgence pour les nouveaux entrants. Ils ont besoin de renommée, que l’on parle d’eux, que l’on sache qui ils sont. En effet, si vous n’êtes pas parmi les Députés en vue, cela a un impact sur votre capacité à manœuvrer. Vous ne disposez pas de leviers puissants pour mener la politique que vous avez envie de mener. Ce n’est pas seulement par égo que nos Députés font beaucoup de communication politique, c’est parce que cela leur donne un vrai pouvoir supplémentaire.

Quelle est la principale dérive communicationnelle des Députés français ?

Les Députés veulent commenter, publier, se positionner sur absolument tout. L’exercice de communication politique étant déjà un exercice d’équilibriste, quand vous avez en plus un élément perturbateur qui est votre chef (le Député), cela complique singulièrement les choses. Il perturbe parce qu’il a vu des messages émanant de collègues Députés qui le plaisent bien. Il a envie, à un moment donné, de s’investir sur un sujet sur lequel il ne s’est jamais investi et sur lequel il n’a aucune connaissance ni angle politique pour être percutant.

Que pensez-vous des Députés qui réagissent et instrumentalisent des faits-divers dramatiques ?

Pour moi, quand la communication politique se transforme en récupération politique, c’est terrible. Il n’y a rien de pire. De plus en plus souvent, on flirte avec cela.

Les Députés utilisent régulièrement des punchlines. Est-ce vraiment efficace ?

Je ne suis pas très friand des punchlines car pour qu’elle soit efficace, il faut qu’elle soit bonne. Si vous regardez sur le nombre de punchlines publiées combien sont réellement bonnes, vous verrez qu’il n’en reste pas beaucoup.

Un Député doit-il faire de la communication sur Linkedin ?

A mon sens, c’est contre-productif. Linkedin est un réseau social professionnel extrêmement bien identifié. Je pense qu’en communiquant dessus, on embête les gens.

En matière de communication politique, quel est le conseil le plus important pour un Député ?

Il faut toujours garder en tête qu’il est nécessaire d’avoir un équilibre entre la communication et le travail sur les dossiers. Si une équipe ne fait que de la communication, au bout d’un moment, cela se voit.

Les Députés doivent-ils faire du marketing politique ?

Le marketing politique cela existe à l’Assemblée mais cela concerne peu de Députés. Quand c’est réussi, quand c’est bien fait, c’est extrêmement puissant. Je pense notamment à l’exemple de Marie-Charlotte Garin qui est une Députée écologiste, nouvellement élue, et qui avant la première séance de l’Assemblée nationale a contacté Cécile Duflot pour lui demander si elle pouvait avoir les références de la robe que celle-ci portait dans l’hémicycle le jour où elle s’est fait siffler, marquant le sexisme des Députés. Cécile Duflot lui a donné la robe. A la première session de l’Assemblée, Marie-Charlotte Garin est rentrée dans la salle des quatre colonnes avec la robe de Cécile Duflot. Effet garanti ! Tous les journalistes étaient là, voulaient avoir une interview de Marie-Charlotte Garin.

Pour devenir Ministre, un Député doit-il être un bon communicant ?

Devenir ministre, c’est un peu le graal. Pour devenir ministre, il faut sortir du lot. Il faut savoir communiquer, avoir été repéré et il faut qu’on voit en vous une capacité à mobiliser et à faire passer le message d’un Gouvernement. À l’approche des remaniements, regardez sur les réseaux sociaux les inflexions dans la communication des élus. Ils prennent de la hauteur, ils parlent de sujets très généraux, ils donnent leurs avis sur des choses sur lesquelles ils ne s’étaient jamais positionnés avant. Aujourd’hui, devenir ministre et ne pas être très bon en communication, ce n’est plus possible.

Lors de l’élection législative, la communication politique est-elle fondamentale ?

Il faut rester humble par rapport à cela. On voit très bien lors des législatives que le résultat d’une élection résulte de tellement de facteurs extérieurs sur lesquels on a aucune prise. Oui la communication politique, c’est important, il faut en faire. Cela permet de gagner des voix mais peu.

Interview réalisée par Damien ARNAUD et publiée en octobre 2026


Cette interview e Simon Virlogeux vient compléter sa longue interview écrite précédente : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/2025/01/05/communication-politique-deputes-virlogeux/

Et une autre interview de lui : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/2025/04/02/missions-des-collaborateurs-parlementaires-en-matiere-de-communication-politique-virlogeux/


Pour adhérer à notre think tank : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/adherer-au-think-tank/

Pour être interviewé(e) par notre think tank : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/comment-faire-pour-etre-interviewee/

Pour découvrir tous nos contenus :