Sénatoriales en Gironde : Aminata Pouye, la candidate humaniste qui défend les idées du Nouveau Front Populaire et qui pourrait bien créer la surprise

Interview d’Aminata Pouye, conseillère municipale d’opposition à Talence (en Gironde) et tête de liste LFI pour les Sénatoriales en Gironde.

Vous êtes actuellement en campagne pour les Sénatoriales en Gironde qui auront lieu à la fin du mois de septembre 2026. Vous êtes 1ère de la liste menée par La France Insoumise (LFI) qui comprend aussi un candidat issu du Parti Communiste (PC). Votre liste défend le programme du Nouveau Front Populaire (NFP) sur un territoire girondin comprenant de nombreux élus socialistes proches des idées très à gauche de Benoît Hamon. Pensez-vous parvenir à les convaincre de voter avec leur cœur pour votre liste ou vont-ils, à votre avis, voter avec leur tête pour la liste du Parti Socialiste afin de préserver leurs intérêts politiques ?

Je ne demanderai jamais à un élu de voter avec son cœur contre sa tête. Je lui demande de voter en conscience. Les sénatoriales ne doivent pas être le prolongement des stratégies d’appareils. Les grands électeurs connaissent les difficultés de leurs communes : services publics qui reculent, budgets contraints, accès aux soins, logement, transports. Notre liste s’adresse à celles et ceux qui veulent que ces réalités remontent réellement au Sénat. Je ne demande à personne d’abandonner son histoire politique. Je demande qu’on regarde notre projet et qu’on décide librement qui défendra le mieux ce territoire pendant six ans ?

La cheffe des Ecologistes semble avoir fait un pas en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que vous sentez que les élus Ecologistes de Gironde accueillent votre liste pour les Sénatoriales avec de la bienveillance ? Certains élus Ecologistes vous ont-ils déjà apporté en privé leurs soutiens pour les Sénatoriales ?

Je distingue les débats nationaux des réalités girondines. Sur le terrain, je rencontre des élus écologistes avec lesquels nous partageons beaucoup de combats : protection de l’eau, lutte contre les pesticides, prévention des incendies, opposition aux projets écocidaires, adaptation climatique. Certains échanges sont très bienveillants. Concernant d’éventuels soutiens exprimés en privé, je respecterai leur caractère privé. Chacun doit pouvoir cheminer librement jusqu’au vote. Je préfère convaincre par notre projet que revendiquer des soutiens qui ne m’appartiennent pas.

Que diriez-vous aux autres élus girondins socialistes et écologistes qui sont des esprits libres et qui n’ont pas encore décidé pour quelle liste ils voteront aux Sénatoriales ? Quelles sont les 3 idées phares de votre liste ?

Je leur dirais : regardez notre projet avant de regarder notre étiquette. Trois idées phares. D’abord, redonner aux communes les moyens d’agir et défendre leurs services publics. Ensuite, porter un véritable progrès social : accès aux droits, logement, santé, handicap, protection de l’enfance, dignité du travail. Enfin, engager une planification écologique construite avec les territoires, face aux incendies, aux pesticides et aux grands projets qui menacent nos ressources. Notre conviction est simple : les collectivités connaissent leur territoire. Elles doivent être au cœur des décisions, pas au bout de la chaîne.

Lors des élections municipales de mars 2026, le Parti Socialiste et les Ecologistes ont perdu plusieurs villes en Gironde et leur ancrage s’est fortement affaibli. Avez-vous senti que les élus girondins de gauche sans étiquette ont l’impression que leurs villes sont abandonnées et souhaitent maintenant que leurs intérêts soient mieux défendus au Sénat ?

Nous avons fait le choix de l’union la plus large possible en Gironde lors des municipales. Les revers que nous avons connus, nous les assumons ensemble, et je ne souhaite pas les imputer à une composante plutôt qu’à une autre. Ce que j’entends aujourd’hui chez de nombreux élus, notamment ceux qui ne sont pas encartés, c’est une fatigue : le sentiment que leurs communes doivent assumer toujours plus de responsabilités avec toujours moins de moyens, et qu’elles sont en première ligne devant les habitants mais en bout de chaîne quand se prennent les grandes décisions. C’est précisément le rôle que nous voulons donner au Sénat : faire remonter la réalité des territoires et défendre les communes, quelles que soient les étiquettes politiques. Je veux un Sénat qui écoute davantage les maires et les élus de terrain qu’il ne leur donne de leçons.

On peut avoir parfois l’impression que la notion de progrès social semble s’effacer peu à peu de la communication des dirigeants politiques socialistes et écologistes français. Votre liste pour les Sénatoriales en Gironde promeut-elle le progrès social et/ou le progrès humain ?

Les deux, parce qu’ils sont indissociables. Le progrès ne se mesure pas seulement à la croissance ou aux indicateurs économiques. Il se mesure à la capacité d’une société à permettre à chacun de vivre dignement, de se soigner, de se loger, de travailler, d’élever ses enfants et d’accéder à ses droits. Il se mesure aussi à la manière dont nous traitons les plus fragiles. Une République qui progresse est une République qui ne trie ni ses enfants, ni ses territoires, ni les vies qui mériteraient d’être protégées.

Suite à votre agression raciste pendant cette campagne, avez-vous reçu le soutien des élus du Parti socialiste et des Ecologistes girondins ou avez-vous eu l’impression que la lutte contre le racisme ne fait plus partie de leurs priorités ?

J’ai reçu beaucoup de messages de soutien, d’élus, de militants et de citoyens, et je les remercie. Mais je ne veux pas transformer mon agression en comptabilité partisane des bons et des mauvais soutiens. La lutte contre le racisme doit précisément dépasser nos étiquettes. Ce que j’attends de toutes les forces républicaines est plus profond qu’un message après une agression : que nous combattions politiquement, juridiquement et culturellement le racisme partout où il frappe. Sur ce sujet, personne ne devrait pouvoir détourner le regard.

Vous êtes une des rares femmes candidates aux Sénatoriales d’origine africaine. Estimez-vous qu’il en faudrait plus afin de valoriser la diversité en France, consolider le lien entre tous les citoyens français et renforcer les relations entre la France et les pays africains ?

Oui, nos institutions doivent davantage ressembler à la France telle qu’elle est réellement. Mais je ne veux pas d’une diversité de vitrine, je veux une égalité réelle dans l’accès aux responsabilités politiques. Mes origines font partie de mon histoire, elles ne résument ni ma candidature ni mes combats. Une femme noire ne doit pas avoir à représenter uniquement les personnes noires, pas plus qu’un élu d’origine africaine ne doit être assigné aux relations avec l’Afrique. Nous sommes là pour représenter la République tout entière. La diversité n’affaiblit pas l’universalisme : quand elle repose sur l’égalité, elle lui donne enfin corps.

Interview publiée en septembre 2026

(crédits image : ville de Talence)


Toutes nos interviews et éditoriaux : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/interviews-et-editoriaux-communication-politique/

Pour être interviewé(e) : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/comment-faire-pour-etre-interviewee/

Pour adhérer à notre think tank : https://nouveauxexpertsdelacompol.com/adherer-au-think-tank/