Interview de Maud de Crépy, directrice adjointe de cabinet en charge de la communication à la direction régionale et interdépartementale de l’Hébergement et du Logement (DRIHL) et membre du conseil d’administration de CELSA-Alumni, qui est l’association des anciens élèves du CELSA.
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Quel est votre rôle en matière de communication politique à la DRIHL ?
Je vais d’emblée restreindre l’acceptation assez large du mot « politique » afin de mieux délimiter le champ d’études. Stricto sensu, donc, la communication politique est portée par le cabinet ministériel.
En administration centrale ou en service déconcentré, il s’agit plutôt de communication institutionnelle, même si nous fournissons à la demande, les éléments de langage nécessaires à la communication de nos ministres.
Cela signifie que nous communiquons sur les réalités du territoire francilien et sur la mise en œuvre des politiques publiques. Ce sont les données chiffrées des thématiques du logement et de l’hébergement, les opérations de construction, de rénovation de logements ou encore des données produites parfois en partenariat avec l’INSEE. Ma mission est de rendre ces données lisibles, contextualisées et utiles. Par exemple, une infographie peut être plus parlante qu’un rapport de 10 pages.
La stratégie de communication que je propose à ma direction s’appuie sur le projet stratégique de la structure. Elle intègre un volet relations presse, mené en étroite coordination les services de communication du préfet de région.
En tant que directrice adjointe de cabinet, vous avez un rôle de représentation auprès des parties prenantes. Dans ce cadre, quelles sont les compétences nécessaires ?
Le plus important est de porter la position de son directeur avec un mélange de diplomatie, d’équanimité et de fermeté. Sans oublier d’être à l’écoute de ce que vont dire mes interlocuteurs.
En effet, l’écoute est essentielle. La communication ne devient efficace que lorsque l’on comprend vraiment ce que nos interlocuteurs attendent, ce qui les freine et ce qui les anime, l’argumentaire qu’ils déploient, sur le fond et la forme.
Bien sûr, le jeu politique des différents acteurs (collectivités, région, associations, métropole du grand Paris, etc.) n’est jamais absent de ces échanges. Il faut simplement y être préparé.
Il y a quelques années, vous avez été conseillère presse et communication d’un ministre. En quoi consiste ce poste ? Quelles sont les missions principales et secondaires ? Quels sont les conseils que vous donneriez à un(e) communicant(e) qui vient d’être nommé conseiller(e) presse et communication d’un ministre ? Quelles sont les erreurs à éviter ? Quels sont les aspects de ce poste qui sont souvent sous-estimés ?
C’est l’une de mes expériences professionnelles préférées. Certes, il s’agit d’un poste très politique qui nécessite un investissement personnel important mais surtout une grande rigueur professionnelle. Il s’agit du dernier rempart avant la publication des informations dans la presse.
Les sollicitations presse sont nombreuses, elles doivent être suivies, documentées avec un enjeu politique fort : faut-il répondre ? Sommes-nous les plus légitimes sur ce sujet ? Quelles informations donner ?
Les conférences de presse sont parfois tumultueuses et éprouvantes.
Le ministre que j’ai servi, Gilles de Robien, était un homme politique avec une vision et une véritable éthique. Il était attentif et à l’écoute de ses équipes. Très respectueux de toutes les personnes de son cabinet, il avait réuni autour de lui une équipe formidable.
Voici maintenant plusieurs années que j’ai occupé ce poste, les choses ont vraisemblablement changé depuis. Aujourd’hui, si je devais conseiller un(e) communicant(e) nouvellement nommé(e), je lui dirais d’avoir un professionnalisme exacerbé, de garder son éthique professionnelle quelles que soient les circonstances. Nous sommes dans une époque de guerre informationnelle qui fragilise notre système démocratique et notre responsabilité d’information n’a jamais été aussi importante et exposée. Il ne faut jamais perdre de vue que nous portons une mission de service public.
Vous avez participé à des partenariats internationaux avec plusieurs pays notamment le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Qu’avez-vous retiré de ces expériences ?
Ces partenariats internationaux se sont faits dans le cadre de jumelages européens avec les pays demandeurs et l’Union européenne. J’ai porté la position de la France en tant qu’experte référente d’Expertise France (filiale de l’AFD) en proposant un conseil stratégique en communication sur des sujets aussi divers que le développement durable, la veille sanitaire ou l’énergie.
Le travail en équipe internationale et interculturelle était très stimulant, cela m’a beaucoup plu. Les jumelages se font en général avec 3 pays européens. Nous étions une équipe de « communicants conseils ». J’ai ainsi pu confronter mes pratiques avec celles de responsables de communication portugais, espagnols, allemands, etc. Découvrir et comprendre comment procèdent mes homologues dans d’autres pays, atteindre l’unité dans la rédaction des livrables par-delà nos diversités a été d’une grande richesse.
Vous êtes au conseil d’administration de l’association Celsa Alumni qui regroupe les anciens étudiants du CELSA. Dans une carrière, quelle est l’importance de construire et de consolider son réseau professionnel ? Les communicants politiques en ont-ils suffisamment conscience ?
Etre responsable de communication dans une organisation, c’est souvent être seul(e) et ne pas avoir d’homologues, contrairement aux directeurs techniques par exemple. Pouvoir retrouver ses « semblables » lors de moments conviviaux, échanger sur ses pratiques, demander ou prodiguer des conseils dans un environnement bienveillant est fondamental. C’est ce qui m’a conduite à m’investir au sein de Celsa Alumni.
L’association est très active. C’est notamment grâce à elle que j’ai pu enrichir et faire évoluer mes connaissances métiers mais aussi m’ouvrir aux nouvelles tendances et au changement de contexte que connait notre profession.
Je m’y suis investie par ailleurs en organisant des « ateliers carrière » en partenariat avec des coachs (indépendants ou avec l’Apec) permettant aux participants de développer leurs softskill et de renforcer leur confiance en leurs propres ressources.
Comme moi, je pense que tous les communicants politiques souhaitent que la communication soit pour les dirigeants, un levier stratégique et non une fonction support, car c’est encore trop souvent le cas.
interview réalisée par Damien Arnaud et publiée en juin 2026

