« La peopolisation transforme les responsables politiques soit en héros capables de résoudre tous les maux, soit en caricatures grotesques »

Interview de Pierre Vattard, attaché parlementaire de la Sénatrice Sylviane Noël (Les Républicains).

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Dans le monde entier, la confiance des citoyens envers les dirigeants politiques se dégrade chaque jour un peu plus. Comment l’expliquer ? Estimez-vous qu’en France les dérives et excès de la communication politique en sont une des raisons ? Auriez-vous des exemples ?

La confiance des citoyens envers les dirigeants s’effrite en France comme ailleurs en raison d’un décalage criant entre les promesses et les réalités. La communication politique, souvent perçue comme excessive ou manipulatrice, aggrave parfois ce phénomène. Par exemple, les annonces tonitruantes sur l’immigration, suivies de reports ou d’ajustements discrets, sapent la crédibilité des gouvernants. De même, la gestion de la crise des Gilets jaunes ou encore de la pandémie de Covid-19  ont révélé une communication gouvernementale déconnectée, avec des éléments de langage répétitifs et des promesses de dialogue restées lettre morte. Les affaires comme celle de Benalla, où la communication de l’Élysée a été d’abord minimisatrice puis contradictoire, renforcent l’idée d’un pouvoir opaque. Les citoyens ne demandent pas des dirigeants parfaits, mais des dirigeants transparents, éthiques, capables d’agir plutôt que de communiquer.

La bataille de l’image prime-t-elle sur la bataille des idées ? Si oui, est-ce satisfaisant ? Comment modifier la donne ? 

En France, la politique se joue désormais davantage sur le terrain de l’image que sur celui des idées et c’est regrettable ! Emmanuel Macron a porté cette tendance à son paroxysme avec une communication ultra-personnalisée, où les formules chocs et les mises en scène remplacent souvent les débats de fond. La « start-up nation » ou le « quoi qu’il en coûte » illustrent cette primauté du style sur le contenu. Cette situation n’est pas satisfaisante car elle appauvrit le débat démocratique et réduit la politique à une simple question de marketing. Pour inverser la tendance, il faudrait réhabiliter les lieux de débat approfondi, comme le Parlement, et imposer des règles pour limiter les outils de communication purement médiatiques. Ce qui tue la politique, c’est précisément l’absence de règle. 

La peopolisation politique est-elle très développée ? La peopolisation politique n’a-t-elle que des défauts ? Quels sont les risques de dérapage en matière de communication politique ? Quelles sont les conditions pour que cette peopolisation politique soit positive ? 

La peopolisation des politiques en France ne se contente plus de les rendre accessibles : elle les transforme soit en héros capables de résoudre tous les maux du monde, soit en caricatures grotesques, ce qui finit par les décrédibiliser. Voir des politiques dans des émissions de grandes écoutes comme Ruquier ou Hanouna donne l’impression d’une classe politique plus préoccupée par sa notoriété que par l’action. Cette méthode de communication, qui oscille entre la glorification et la moquerie, réduit les dirigeants à des personnages de divertissement. Les risques sont nombreux : banalisation du politique, confusion des genres, et surtout, perte de confiance des citoyens, qui ne voient plus dans leurs élus des représentants sérieux, mais des acteurs en quête de visibilité, et en dehors de ces seules émissions cela se vérifie chaque semaine à l’Assemblée nationale notamment (les Sénateurs sont plus sages). Pour que la peopolisation soit positive, elle devrait servir à humaniser les élus sans tomber dans la superficialité, en privilégiant des formats où les idées restent au cœur de l’échange, mais je ne suis pas certain que ce soit le but ultime de ces émissions. 

L’intelligence artificielle est-elle utilisée en communication politique ? Auriez-vous des exemples ? Va-t-elle se développer ? Quels sont les avantages et les défis de cette utilisation de l’IA en communication politique ? 

L’intelligence artificielle commence à s’imposer dans la communication politique française, notamment pour le ciblage électoral ou la génération de contenus. Elle permet surtout un gain de temps aux professionnels du secteur mais aussi d’attaquer des angles nouveaux. Si l’IA offre des avantages en termes de personnalisation et d’efficacité, elle pose aussi des défis majeurs, comme le risque de manipulation via les deepfakes ou la déshumanisation des échanges. Pour encadrer son usage, il faudrait imposer une transparence totale sur les outils utilisés et interdire certaines pratiques, surtout en période électorale, afin de préserver l’intégrité du débat démocratique. Il est selon moi nécessaire de légiférer davantage avant d’être dépassé. 

Qu’est-ce que l’existence des chaînes d’information en continu a modifié en matière de communication politique ? L’ont-elles dégradée, améliorée ou métamorphosée ?      

La France dispose de plusieurs chaînes d’information en continu qui ont profondément transformé la communication politique. Leur existence a accéléré le temps médiatique, forçant les dirigeants à réagir en direct et favorisant l’émotionnel sur l’analyse. Ces chaînes ont aussi polarisé le débat, en créant des bulles informationnelles où les idées s’affrontent plus qu’elles ne s’échangent. Si elles ont démocratisé l’accès à l’information, elles ont aussi contribué à superficialiser les échanges et à fragmenter l’opinion publique. Pour améliorer la situation, il faudrait rééquilibrer leur programmation avec des formats d’approfondissement, afin de redonner de la profondeur au débat politique. Mais que préfère-t-on aujourd’hui, l’audimat ou la qualité des échanges ? 

Interview réalisée par Damien ARNAUD et publiée en février 2026


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