Les « outsiders » des municipales 2026 – interview de Charles Compagnon, candidat à Rennes

Le think tank Les nouveaux experts de la ComPol vient de lancer une série d’interviews sur la communication politique des outsiders pour les municipales 2026. Interview de Charles Compagnon, conseiller municipal d’opposition et candidat de centre droit (parti Horizons) à la mairie de Rennes dirigée par les socialistes depuis presque cinquante ans.

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Votre slogan de campagne, c’est “Vivre Rennes”. Que signifie-t-il ?

« VIVRE RENNES ! », c’est l’idée simple et forte qu’une ville doit être d’abord faite pour celles et ceux qui y vivent. Depuis trop longtemps, Rennes se pense en concepts, en symboles, en communications. Moi, je veux qu’on la pense en vies concrètes. Vivre Rennes, c’est pouvoir se déplacer sans stress, trouver un logement, respirer dans un quartier apaisé, grandir, étudier et entreprendre sereinement. C’est retrouver la liberté d’aller et venir, la confiance dans les services publics, la fierté d’habiter une ville juste et belle. Ce slogan porte un projet : remettre l’humain au centre, réconcilier la nature et la ville, conjuguer sécurité, solidarité et ambition. Vivre Rennes, c’est dire qu’une ville n’est pas un laboratoire pour la politique mais un quotidien pour les habitants.

Vous avez lancé votre candidature devant le Subway où vous avez frôlé la mort en avril 2025. Pourquoi ce choix ?

J’ai choisi ce lieu parce qu’il représente un basculement intime et politique. Ce soir-là, j’ai vu la peur dans les yeux d’une mère, j’ai entendu ce silence qui suit une détonation, j’ai compris qu’à Rennes, le réel avait rattrapé les discours. Je n’étais pas au mauvais endroit, j’étais dans ma ville. Lancer ma candidature là, c’était affirmer que l’on ne mène pas une campagne depuis un bureau ou une salle municipale, on la mène depuis les lieux où les Rennais vivent, parfois subissent, toujours espèrent. C’était aussi dire que la peur ne doit jamais gagner. Ce site est devenu le symbole d’un engagement : tant que Rennes aura peur, je n’aurai pas le droit de me taire.

Pourquoi critiquez-vous la communication de la maire actuelle ?

Je ne critique pas la communication en tant que telle. Une ville doit expliquer ce qu’elle fait. Ce que je dénonce, c’est la communication qui remplace l’action. À Rennes, on multiplie les slogans, les chartes, les campagnes d’affichage, alors que les habitants attendent des actions et des résultats tangibles : sécurité, propreté, logements décents, mobilité fluide. Quand on fait croire qu’un clip vidéo vaut un plan d’action, on crée de la défiance. La campagne « Y’a rien à attendre du deal » en est l’exemple type. Je vois aussi une dérive, celle d’une communication idéologique, conçue pour donner des leçons plutôt que pour accompagner les habitants. La communication ne doit pas masquer l’absence de politique publique.

Si vous êtes élu maire, quels seront les principes qui guideront votre communication ?

Je veux une communication utile, factuelle et humble. D’abord, dire la vérité : sur les chiffres de la délinquance, sur les difficultés d’urbanisme, sur les limites budgétaires. Ensuite, rendre des comptes régulièrement, quartier par quartier : ce qui a avancé, ce qui bloque, pourquoi, et avec quels choix. Enfin, refuser les excès : pas de communication culpabilisante, pas de mises en avant idéologiques, pas de campagnes hors-sol. Je veux une communication qui accompagne l’action, qui montre le concret, qui associe les acteurs locaux et qui traite les Rennais comme des adultes, qui rend compte. La bonne communication, c’est celle qui rassure par les faits, pas par les effets. Et puis, pour un maire, c’est aussi d’abord et avant tout de la proximité et de la présence sur le terrain… pour un maire, comme pour ses élus d’ailleurs !

Vous dites vouloir refaire de Rennes une ville attractive. L’image de la ville a-t-elle été abîmée ? Depuis quand ?

Rennes garde des atouts immenses, mais son image s’est fragilisée. Depuis dix ans, la ville souffre d’un double phénomène : montée de la délinquance (+10 % en un an, +128 % de violences sexuelles depuis 2016), et perte de qualité de vie liée à la densification brutale, avec un prix du m² devenu l’un des plus élevés de France (≈ 4 450 €/m², +26 % en cinq ans). Les classements nationaux montrent une érosion du “modèle rennais” : trop de béton, trop de tensions, pas assez de respiration. L’attractivité d’une ville repose sur trois piliers – sécurité, logement, mobilités – et Rennes a décroché sur ces trois points. Il ne s’agit pas d’accabler, mais de regarder la réalité en face pour reconstruire.

Quelle est l’âme de Rennes ? Et quelle image voudriez-vous bâtir ?

L’âme de Rennes, c’est cette alliance unique entre le bon sens breton, l’ouverture universitaire, l’innovation, l’esprit de solidarité et une créativité culturelle exceptionnelle. C’est une ville qui a toujours su concilier modernité et équilibre. Aujourd’hui, cette âme s’est un peu diluée sous les postures idéologiques et la minéralisation urbaine. Si je deviens maire, je veux retrouver Rennes comme ville d’équilibre : plus verte, plus sûre, plus respirable, plus accueillante pour les familles et les étudiants. Une ville qui protège, relie et rassemble. Une ville qui rayonne culturellement et économiquement sans renier son humilité bretonne. Une capitale régionale, mais aussi une ville à taille humaine.

Qu’est-ce qui vous fait vibrer à Rennes ?

Rennes me fait vibrer parce qu’elle est ma ville, celle de mon enfance, de mes amitiés, de mes colères et de mes espoirs. Je suis touché par sa diversité : un match au Roazhon Park, un concert au Liberté, une soirée dans un restaurant du centre, une promenade aux Prairies, un marché des Lices animé… Et surtout, les Rennais eux-mêmes : commerçants, étudiants, artisans, bénévoles d’associations, familles du quotidien. Ce qui me touche, c’est la générosité rennaise, ce mélange de retenue et de chaleur. Ce qui me met en mouvement, c’est de voir cette énergie aujourd’hui bridée par les blocages, les peurs, les normes. Rennes mérite de vibrer à nouveau. Et je veux y contribuer.

Avez-vous réalisé des sondages ? Quels sont les principaux résultats ?

Oui, nous avons mené plusieurs enquêtes qualitatives et quantitatives, ainsi que des centaines d’entretiens en porte-à-porte et réunions de quartier. Les résultats sont très clairs. La sécurité arrive en tête des préoccupations, dans tous les quartiers et chez toutes les générations. Viennent ensuite le logement – notamment pour les classes moyennes et les étudiants – puis la question des mobilités et de la densification excessive. Les Rennais expriment aussi un profond besoin de proximité, de dialogue, de simplicité dans l’action publique. Enfin, un point revient souvent : la volonté d’une écologie efficace et non punitive. Ces entretiens confirment notre intuition : les Rennais veulent du concret, pas des slogans, ils veulent être écoutés. 

La maire actuelle parle “d’offensive criminelle sur la Bretagne”. La délinquance sera-t-elle le sujet majeur de la campagne ?

Oui, parce que les Rennais en parlent d’abord spontanément, et parce que les chiffres sont objectivement préoccupants. Mais je refuse de réduire Rennes à cela. La sécurité n’est pas un thème de campagne : c’est un droit fondamental, la première liberté. On ne peut pas se contenter de dénoncer une “offensive venue d’ailleurs” sans assumer nos propres responsabilités locales. Le narcotrafic augmente partout en France mais il prospère davantage quand la ville est sous-équipée en police municipale, sous-protégée en vidéoprotection, et sous-estimée dans ses réalités. C’est le cas à Rennes. La sécurité sera un sujet majeur mais traité sérieusement : sans caricature, sans surenchère, sans faux-semblants. Avec un plan d’action clair et crédible ainsi que de vrais objectifs.

Hormis la délinquance et la criminalité, quels sont les autres problèmes de Rennes ? Quelles sont vos priorités pour 2026 ?

Les problèmes sont connus :

La densification subie et concentrée, qui dégrade le cadre de vie.

La mobilité, ralentie par un modèle centré sur la ville centre et déconnectée des besoins métropolitains.

La propreté et les déchets, sujets quotidiens trop souvent négligés.

Le manque de respiration verte, dans une ville qui se minéralise.

La fatigue démocratique, avec un sentiment de décisions imposées d’en haut.

Nos priorités : redonner de la sécurité, rendre la ville respirable, relancer une écologie de bon sens, faciliter le logement, fluidifier la mobilité, encourager l’innovation et l’entreprenariat, soutenir les associations, dynamiser le commerce et la culture, et remettre de la liberté, de la responsabilité et du rassemblement dans la vie municipale.

Interview réalisée par Damien ARNAUD et publiée en décembre 2025


Valorisation de cette interview par Charles Compagnon sur son compte Facebook :


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