Missions des collaborateurs parlementaires en matière de communication politique : « il est nécessaire d’avoir un équilibre entre communication et travail sur les dossiers »
Interview écrite et vidéo de Simon Virlogeux, ancien collaborateur parlementaire à l’Assemblée nationale et auteur du Guide du collaborateur politique en milieu hostile.
Quelles peuvent être les missions d’un collaborateur parlementaire en matière de communication politique ?
On gère les réseaux sociaux, les relations presse, on prépare les interviews, on alimente un éventuel site internet ou une newsletter, on fait des publications vidéos. En général, il y a quand même plusieurs pôles, un pôle réseaux sociaux, un pôle relations presse, c’est souvent la même personne qui s’occupe des deux. Ensuite, au niveau des discours, c’est souvent un autre collaborateur. Enfin, pour l’événementiel, cela concerne plutôt les collaborateurs en circonscription car c’est en circonscription que l’on fait le plus d’événementiel.
Concrètement, que fait le collaborateur parlementaire chargé des réseaux sociaux du Député ?
Il a la lourde tâche d’arriver à organiser et à formaliser une méthode de travail pour que l’on puisse réagir et publier vite mais dans de bonnes conditions. Il doit ensuite arriver à jongler avec les sujets dont on pense qu’ils sont importants et les sujets sur lesquels l’élu va vous demander de réagir et de faire le tri au milieu de tout cela. Votre rôle, parfois, c’est de dire au Député que cela ne sert à rien de réagir là-dessus ou que cela va être contre-productif ou que cela ne va pas du tout dans le séquençage de ce qu’on est en train de faire en matière politique.
Comment s’organisent les relations presse d’un Député ?
Ce sont des relations presse classiques. Cela prend du temps et nécessite beaucoup d’appels téléphoniques et de cafés pour arriver à créer une relation de confiance avec les journalistes. Il faut faire de la radio, les gens écoutent beaucoup la radio. Je dis cela aussi pour les jeunes collaborateurs politiques qui n’ont pas forcément cela dans le scope. Il faut s’exprimer sur les radios locales et dans les médias locaux, c’est très important.
Qui décide sur quel sujet le Député communique ?
Il y a en général une personne qui s’occupe uniquement d’être en veille sur l’actualité et de sélectionner les actualités sur lesquelles on va s’appuyer pour pouvoir exprimer les idées du Député.
En matière de communication politique d’un Député, que fait le collaborateur en circonscription ?
Cela dépend de comment travaille votre élu et quel est son rapport au terrain. On pense aux réunions publiques, aux vœux, parfois on organise une espèce de conférence pour creuser un sujet. On peut également organiser une conférence à Paris, à l’Assemblée nationale mais ce n’est jamais simple à organiser.
Comment cela se passe-t-il pour la rédaction des discours d’un Député ?
Il y a plusieurs cas de figure. Cela va du discours qui ne sera pas retouché du tout par le Député au cas où il réécrit tout le discours. Entre ces deux cas, il y a toutes les variantes possibles et imaginables. Quand on écrit un discours, il faut arriver à se synchroniser avec le Député, savoir de quoi il a besoin. Pour certaines prises de parole, il aura juste besoin d’éléments très factuels qu’il va organiser comme il veut. Certains Députés demandent un discours totalement écrit car cela les rassure, même si derrière ils vont totalement le retransformer.
Le cas des questions au gouvernement est un peu spécifique parce qu’elles sont le plus souvent très écrites car il y la contrainte de temps dans la prise de parole. Les questions au gouvernement sont un moment fort de communication politique.
La vidéo est-elle un outil de communication très utilisé par les Députés ?
Les vidéos, c’est vraiment rentrer dans l’arsenal de communication des parlementaires. Néanmoins, les Députés pensent parfois que faire une vidéo suffit sans se soucier de la qualité de la vidéo. Ils ne comprennent pas forcément qu’une vidéo prise par le bas, sans lumière, avec un son déplorable et un ton qui frôle la dépression, cela ne va pas avoir l’effet escompté. On risque de se moquer d’eux et interpréter cela comme un manque de respect.
Un collaborateur parlementaire peut-il être amené à faire de la communication politique de crise ?
Cela arrive. Cela peut être lié à une actualité un brûlante, à des accusations ou à un événement dramatique sur le territoire, ce qui arrive malheureusement trop souvent à mon goût sur la durée d’un mandat. Si on a quelque chose d’argumenté, d’intéressant et de puissant à dire, on le dit, sinon il faut se taire. Si vous devez gérer la communication de crise d’un Député, il faut être présent physiquement avec l’élu car c’est quasiment impossible de le faire à distance. Vous avez besoin de l’avoir sous la main pour avoir toutes les informations en temps réel et cela permet aussi d’éviter qu’il soit tenté de s’exprimer sans que le message ne soit validé par son équipe.
Quels sont les temps forts de la communication d’un Député ?
Ce qui est le plus important, ce sont les prises de parole longues dans l’hémicycle, les nominations sur des rapports, la participation à des commissions d’enquête. Chaque fois que votre Député est nommé quelque part, cela constitue quelque chose d’intéressant notamment pour renforcer sa présence médiatique.
S’agissant des vœux, qui sont considérés souvent comme un moment fort, je pense que cela dépend. Au bout de 4 ans de vœux, vous connaissez tous les gens qui sont présents. Ces personnes-là vous connaissent bien et réciproquement. Or, l’intérêt en politique c’est d’arriver à parler au plus grand nombre. Certains Députés font donc des invitations tournantes, ils prennent des personnes au hasard sur leur circonscription et ils les invitent, cela peut être une solution.
Aurez-vous un dernier conseil en matière de communication politique ?
Malgré cette inflation de publications, malgré cette vitesse d’exécution, il faut toujours de garder en tête qu’il est nécessaire d’avoir un équilibre entre la communication et le travail sur les dossiers. Une équipe qui ne fait que de la communication, au bout d’un moment, cela se voit. A partir du moment où on se dit ce Député fait plus de communication que de travail législatif, c’est extrêmement compliqué de remonter la pente.
Interview réalisée par Damien ARNAUD et publiée en avril 2025